Bonsoir,
voici le petit texte dont je parlais en réponse à Ulysse (sujet "réenchantement du monde"/présentation de livres d'autres éditeurs).
Rachel V.
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Parmi les biologistes, certains sont partisans du réductionnisme et du déterminisme génétique alors que d’autres préfèrent recentrer leur réflexion sur la complexité et la dynamique du vivant. Ces derniers, bien qu’attribuant un rôle important à la molécule d’ADN, réfutent la réduction des phénomènes biologiques au modèle moléculaire et physico-chimique. Ils réfutent la pensée sous-jacente de la toute-puissance moléculaire comme unique référence biologique. Comme le dit J.Testard (1) : « Ramener la complexité interactive à l’exécution d’un programme génétique, c’est faire croire que l’ADN recèle les secrets de la vie, de l’identité, des déviances ou des pathologies ».
Outre les dérives eugéniques d’une telle pensée déterministe, il me semble qu’un autre danger existe, celui de l’occultation – au profit de la seule réalité biochimique - des autres dimensions qui « font » le vivant. Et c’est de cela dont j’aimerais discuter avec vous ici. Parmi ces autres dimensions, on peut noter principalement la dimension psychique du vivant. Celle-ci a été et est encore ignorée, voire méprisée, par les acteurs de l’étude biologique.
Que sait-on au juste de cette dimension dans le monde du vivant ?
L’être vivant est classiquement défini par deux capacités : celle de se reproduire et celle de croître, de se développer, de s’adapter. Les deux termes fréquemment utilisés pour résumer ces capacités sont « reproduction » et « développement » ; deux termes d’ailleurs repris par le microcosme de la génétique moléculaire. Ces activités, à proprement dit biologiques, assurent la survie et la perpétuation de l’espèce. Mais d’autres activités, comme l’activité psychique, ont été observées assez largement dans le monde animal (2). Je ne prétends pas que cette forme d’activité existe en tant que telle dans tout le vivant, mais, en tout cas chez les Mammifères, il est difficile de nier le rôle primordial d’activités non biologiques (dans le sens strict du terme) dans l’ontogénie de ces êtres.
La toute-puissance moléculaire n’est pas née du hasard des technologies, mais elle est bien le fruit d’une certaine conception du vivant, conception qui est basée sur la dualité corps-esprit où le biologique est séparé de ce qui l’anime (3).
Le temps est peut-être venu de repositionner notre vision du vivant. Le temps est peut-être venu d’entreprendre une re-vision de ce qu’est le vivant, dans toute sa complexité et ses potentiels. Comme le suggère E.R.Kandel (4) : « il s’agirait de re-étudier les données biologiques, génétiques y comprises, avec un autre regard, afin d’approcher les articulations entre le psychisme et le biologique ».
Pour que la biologie, la science du vivant, s’ouvre (enfin) à sa vraie dimension, une science de « l’inter-relationnalité » où le corps ne soit plus juste considéré comme une machinerie et réduit à des rouages physico-chimiques.
(1) Jacques Testard. Transversales n°44 : Génétique, puissance et illusions. Voir <a href='http://www.globenet.org/transversales/generique/44/science.html' target='_blank'>http://www.globenet.org/transversales/gene...44/science.html</a>
(2) Boris Cyrulnik : Les Nourritures affectives, éd. Odile Jacob (poches), 2000
(3) Mohammed Taleb (sous la direction de) : Sciences & Archétypes , éd. Dervy, 2002
(4) Erik R. Kandel. La biologie et le futur de la psychanalyse. L’Evolution psychiatrique (2002), vol. 67, n°1, pp. 40-82
