La peur du vivant
(Le vivant = nature, plantes , animaux, phénomènes naturels aussi bien que les êtres humains)
Vouloir maîtriser le vivant pour le contrôler, c’est visiblement l’expression d’une peur. Peur de quoi, de qui et pourquoi ?... La réponse est en nous. Avec un minimum de réflexion, nous pouvons trouver l’origine de cette peur. Nous savons aussi que notre société, fondée sur l’économie et la technologie, divisée dans son système par ses conceptions binaires et égocentriques, préfère être sécurisée qu’affronter la diversité et l’imprévisibilité du vivant.
Si les animaux et les plantes cohabitent dans leur milieu naturel, les hommes se doivent de trouver un équilibre entre un besoin de liberté séparatiste ou anarchique, les interdits imposés par la vie en société et les lois humaines qui ne tiennent pas toujours compte de l’évolution du monde.
La peur de la diversité culturelle, exacerbée par le sentiment sécuritaire et identitaire d’appartenance s’étend à l’ensemble des nations, c’est-à-dire à une majorité de citoyens. Mais “le vivant se rebelle, refuse le pas cadencé”. Jean-Pierre Raffin (militant écologiste) nous dit à ce sujet: “ ... le vivant n’est finalement accepté que virtuel : en images à la télévision ou au cinéma, ou dans un parc de vision, derrière les clôtures. Il ne saurait avoir de place réelle qu’encagé, c’est-à-dire comme non-vivant. Une partie de notre société n’est-elle pas en train de perdre le sens du vivant, par peur : peur de l’autre et de sa différence, peur de la complexité, c’est-à-dire de la vie, qui oblige à réfléchir et à sortir des systèmes binaires, peur de devoir faire une place à l’autre, qu’il soit du genre humain ou des autres vivants ? Le jardinier voue aux gémonies la taupe qui altère l’ordre glacé d’un gazon aseptisé. L’agroexploitant n’accepte plus l’herbe folle, le ruisseau qui serpente ou déborde, la haie qui pousse ou le papillon baladeur dont la chenille mange une part de sa production. Le responsable de grande surface refuse la pomme non calibrée et lui préfère du coton enrobé d’une pelure lisse et colorée (il paraît que c’est ce que veut le consommateur !). Et vivent les tranquillisants, somnifères, antioxydants, antiémulsifiants, gélifiants, durcisseurs, colorants, adjuvants ou drogues de toutes espèces, qui effacent les aspérités et diversités de la vie ou en masquent un temps la réalité ! ”
Affirmations bien amères qui nous révèlent une humanité toujours aussi barbare sous son verni de “civilisation”, avec son matérialisme dominant, ses fanatismes religieux et malgré sa technologie avancée. Les véritables défis de la vie adviennent avant tout de par nos choix conscients, c’est-à-dire responsables vis à vis des autres et des conséquences qu’ils entraînent.
Choisir la vie, c’est aimer la vie, et aimer la vie c’est respecter le vivant sous toutes ses formes. Sachons seulement garder nos préférences dans notre jardin secret car les affichages et les modèles sont dangereusement responsables du culte de la personnalité et des affrontements séparatistes. Chacun peut vivre son monde possible virtuellement, tout en “surfant” parmi celui des autres, mais toute atteinte à la vie est signe de peur, et la peur, quelle que soit sa forme ne peut pas cohabiter avec la confiance et la générosité de coeur.
SKYE (d’après J-P Raffin)
