stephane a écrit: Pour mémoire, une figure célèbre d'un roman d'Asimov, le Dr Calvin
(une roboticienne), avait élaboré les trois lois de la robotique suivantes:
Il semblerait en tout cas qu'une oeuvre de fiction ait rattrapé la réalité.
Qu'en pensez-vous, et connaissez-vous d'autres exemples de ce type?
En fait, les "lois de la robotique" sont attribuées... à Campbell
(ni Neil, ni Donald : John, le rédacteur en chef d'
Astounding Science Fiction).
C'est Asimov lui-même qui le dit.
Immense éditeur, Campbell est aussi un authentique scientiste,
qui prend ce genre de choses très au sérieux. Il cherche d'ailleurs
des lois comparables pour l'humanité elle-même, et finira en militant
de la
Dianétique de L. Ron Hubbard (celui de la scientologie).
Il aurait sans doute adoré les liens que tu donnes, et se serait
illico fendu d'éditos enthousiastes dans ASF.
Asimov, lui, est un humaniste. Il est pleinement conscient des limitations
de ses robots et de leurs "lois", et le plus clair du cycle des
Robots,
est consacré à les mettre en lumière. La première est d'ordre
philosophique : qu'est-ce qu'un homme ? Peut-on en donner une
définition ? A quoi pourrait-elle ressembler ?
La conséquence robotique est immédiate. En l'absence d'une définition
de l'homme, les trois lois sont sémantiquement nulles. Et une définition
imparfaite permet de les contourner, comme il s'amuse à le mettre
en scène de toutes les manières possibles, en particulier dans les
nouvelles du cycle.
Définit-on l'homme par sa forme ? Celle d'un bébé posera problème.
Par le language ? Un accent trop marqué permet au robot de tuer
l'étranger.
Et cetera, ad libitum. Ca ne marchait pas du temps
d'Asimov ; on ne sait toujours pas faire ; et ce n'est pas demain,
j'espère, que les roboticiens nous imposeront une solution univoque.
Le problème n'est d'ailleurs pas nouveau. Les théologiens s'étripent
depuis des siècles. Les femmes ont-elle une âme ? Les Noirs ? Les chats ?
Les embryons ?
Personnellement, je suis plus intéressé par la problématique inverse
(chez Heinlein, Anderson...) : à partir de quel moment une intelligence
artificielle devra-t-elle être reconnue pour humaine, et selon quels
critères ?
Guillmot a écrit: Finallement, l'engouement pour la robotique en SF, alors que la conquête
spatiale décollait à vitesse grand V, que 10 ans suffisaient pour changer
la face des technologies, dans cette période d'après guerre où les sciences
& techniques connaissaient un élan sans précédent, est compréhensible

Pas vraiment. Les "lois de la robotique" sont publiées en 1942, alors
que personne ne croit encore vraiment à la conquête spatiale.
Pour ça, il faudra attendre le début des années 50. Même l'informatique
n'existe pas encore en tant que telle. Le contexte suggère plutôt une
réflexion d'Asimov autour de la "Sémantique générale" d'Alfred
Korzybski, qui passionne alors Campbell et sa bande.