Je ne dirais pas que tout se joue à l'enfance. Heureusement, il nous reste quelques marges de manoeuvre par la suite. Je suis néanmoins convaincue que nous sommes profondément marqués par nos sensations premières, nos passions primitives, nos peurs initiales.
Ma soupe primordiale à moi, c'est un bouillon de lettres et de pirouettes. J'ai beau "grandir", l'écriture me poursuit au quotidien, et la danse, pourtant négligée depuis 20 ans, imprime mon corps de ses stigmates. La communication écrite et l'expression corporelle restent envers et contre tout les modes de dialogue qui me sont les plus chers. Je suis d'ailleurs l'auteur, à 13 ans, d'un petit bouquin qui, à la manière d'un journal intime, relate mes expériences d'adolescente et mon amour (fou?) de la danse.

Pourtant, après des études secondaires en section gréco-latine dans un Athénée de la Ville de Bruxelles (dont les horaires me permettent de pratiquer mes trois heures de danse quotidiennes à l'Ecole des petits de Maurice Béjart), je choisis d'entreprendre une formation universitaire scientifique.
Va savoir pourquoi?
C'est la question que se posent plusieurs personnes de mon entourage, qui m'imaginent forcément en Lettres. Je n'ai pas la réponse, mais peu importe: je suis ce long cursus scientifique à l'Université libre de Bruxelles, pour en sortir avec, en poche, les diplômes d'Ingénieur chimiste et des bio-industries (1997) et de Docteur en Sciences (2001).[1]
Et j'aime!
Mais passées les étapes de la défense (à la Belge) ou de la soutenance (à la Française) de la thèse, je n'imagine pas une carrière dans un laboratoire. Surtout en électrophysiologie. Car pendant 4 années, isolée derrière une cage de Faraday, j'ai manipulé des canaux ioniques et pesté contre les métros qui circulent sous le laboratoire situé à la Plaine des manoeuvres à Bruxelles. Les vibrations faisaient éclater mes bicouches lipidiques planes péniblement obtenues, dans lesquelles j'étais -enfin!- parvenue à incorporer une et une seule de ces protéines membranaires permettant la diffusion d'ions au travers de la barrière hydrophobe!
Plus sérieusement, il est temps, pour moi, de trouver le moyen de combiner mon bagage scientifique avec une passion que je n'ai plus l'occasion d'exercer: l'écriture.
Cela tombe à pic puisque la Région wallonne décide de prendre en main la rude question du désintérêt des jeunes pour les carrières scientifiques, et projette de développer, dans chacune des Facultés des sciences francophones de Belgique, une cellule de diffusion de la culture scientifique. Le Réseau Scité est né, et je suis engagée pour le développement d'activités de vulgarisation scientifique à l'Université libre de Bruxelles dans la cellule Inforsciences. Je participe à l'organisation d'événements tels que le Printemps des Sciences, rédige des articles pédagogiques et de vulgarisation, ainsi que des programmes de manifestations publiques, propose des parcours dans des musées scientifiques pour les classes et des ateliers itinérants dans les plaines de jeux.
Un peu plus tard, la maison d'édition De Boeck, spécialisée dans les ouvrages scolaires et académiques francophones internationaux, se restructure. J'y suis engagée, au sein du département universitaire, comme responsable éditoriale du secteur Sciences-Technique-Médecine. Une aventure des plus enrichissantes, qui me permet de découvrir le monde de l'édition sous toutes ses facettes (rédaction, graphisme, impression, diffusion, marketing, contrats, etc.) et, surtout, la richesse du travail avec les auteurs et les collaborateurs de tous profils.
Le catalogue se compose de manuels universitaires, d'ouvrages de recherche et de quelques titres de vulgarisation et de réflexion sur les enjeux des développements technoscientifiques. Des originaux en langue française, mais aussi des traductions de "textbooks" (surtout américains, anglais, allemands) découverts dans les catalogues des éditeurs étrangers ou dans les foires internationales du livre (Francfort, Londres, etc.).
C'est au cours de cette expérience professionnelle (mais en toute autonomie par rapport à mes employeurs) que me vient l'idée de mettre en place le forum de discussion DéfiSciences, afin d'y promouvoir les différentes formes d'oeuvres scientifiques et d'y débattre des enjeux sociaux que soulève la recherche dans le monde contemporain et pour notre avenir.[2]
Après 32 années au plat pays, je m'envole vers les montagnes d'Helvétie, pour atterrir au bord du lac Léman, que j'ai le plaisir d'observer chaque jour sous plusieurs angles...
J'habite à Gland, entre Genève et Lausanne.
J'ai travaillé à Genève, à la Faculté de médecine de son Université, comme chargée de communication, ainsi qu'à Hermance, pour la Fondation Brocher, comme coordinatrice de l'inauguration du tout nouveau Centre Brocher. Permettant l'accueil de chercheurs qui souhaitent trouver un lieu propice à la concentration et à la rencontre conviviale, ce Centre a pour but de promouvoir et soutenir des travaux à l'interface de la médecine et du droit, selon les voeux de la famille Brocher.
Dès l'été 2007, j'entame une nouvelle collaboration totalement en phase avec les objectifs de DéfiSciences: promouvoir un dialogue entre représentants des divers champs disciplinaires, faire de la transdisciplinarité une véritable méthode d'étude et d'analyse. Cette initiative, qui fait appel à l'expertise de personnalités mondialement reconnues, porte le nom de World Knowledge Dialogue, et se manifeste notamment par l'organisation d'une rencontre internationale au mois de septembre des années paires. Ayant notamment pour mission de développer les relations scientifiques et médiatiques au titre de Scientific & Media Relations Manager, je suis à votre disposition pour tout renseignement concernant le Dialogue des Savoirs.
En septembre 2007, je me lance dans la coordination d'un programme de formation continue intitulé ''From Bench Work to Clinical Trials'', qui sera proposé par l'Ecole Polytechnique Fédérale de Lausanne. L'objectif de cette formation est de préparer les acteurs du secteur biomédical à maîtriser les différentes contraintes et procédures qui entrent en jeu lorsqu'un chercheur souhaite mettre en pratique des résultats obtenus en laboratoire et déposer une proposition d'essai clinique. Bien loin d'une simple affaire scientifique, cette démarche fait appel au droit, à l'éthique, à la technologie, à la propriété intellectuelle, à l'évaluation des coûts, etc.
Bref, encore et toujours des histoires de sciences et d'écriture... Et je me rapproche pas à pas de mon Maître à danser, Maurice Béjart, qui vient de fêter ses 20 ans à Lausanne et ses 80 ans sur la Terre.

C'est la faute à la soupe!
Ariane