DéfiSciences

Par Ariane VLÉRICK

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Quand en dialogue, on ne se risque pas toujours à entrer...

Publié le mardi 16 septembre 2008

Fallait-il un symposium international de 4 jours -le World Knowledge Dialogue Symposium- réunissant les plus grandes pointures de notre planète bleue, pour en arriver aux quelques brèves conclusions -qui n'engagent que moi, je le précise- que je résumerai brièvement plus bas? Sans doute pas. Je suis partie avec un sentiment dans mes bagages, je suis revenue avec. Néanmoins largement enrichie des échanges de haut niveau auxquels j'ai pu assister aux quelques instants de liberté que me laissaient les tâches de communication et de réseautage qui m'incombaient.

(de gauche à droite: Stephan, Ariane et Pascal - photo réalisée par Françoise Michaud)

Dans le billet précédent, je notais que des pistes de progression pourraient venir d'une plus grande humilité et générosité du "possesseur de savoir" envers sa science. Mais n'est-ce pas précisément là que le bât blesse? La compétition liée à l'hyperspécialisation des disciplines et, par conséquent, à la fragmentation du savoir, n'encourage-t-elle pas -que dis-je?: ne contraint-elle pas?- les apprenants et découvreurs à faire preuve d'un égoïsme absolu afin d'être le premier à révéler une parcelle de son savoir? Bref, afin de placarder son nom sur ce morceau de connaissance qui n'est pourtant qu'un fragment d'un édifice qui -plus que n'importe quel autre- devrait appartenir à tout le monde?

Il m'a semblé clair que le dialogue cessait net dès lors que la discussion risquait de porter atteinte, de quelque manière que ce soit, soit à la personne elle-même, soit à ses croyances intimes -culturelles, religieuses, idéologiques, etc. Confiante dans les capacités intellectuelles de l'Homme, je doute fort que nous ayions déjà atteint nos limites d'apprentissage. Aussi, s'il paraît évident que des efforts doivent être entrepris, notamment dans la structure des études, afin qu'un diplômé des sciences exactes soit capable de comprendre celui qui vient des sciences humaines, et vice-versa, je suis cependant convaincue que le cerveau humain est capable de dépasser cette difficulté, et de retrouver une certaine forme de savoir et d'analyse encyclopédiques, fût-ce en recourant à des outils modernes de compilation des connaissances (cf les discussions sur le web sémantique).

Je reste plus dubitative dès lors qu'il s'agit de psychologie: accepter que l'autre ait raison et/ou puisse apporter un éclairage à sa propre réflexion, sans pour autant se laisser envahir par le sentiment de perdre en crédibilité, voilà bien une qualité parfois difficile à cultiver par des personnalités qui ont été formées à être les meilleures, envers et contre tout, et surtout individuellement.

Pourtant, le dialogue a eu lieu. Toutes et tous étaient là pour ça, tant bien que mal. De Crans-Montana, je reviens enchantée d'avoir pu "confirmer" mon postulat de base selon lequel les plus aptes au dialogue sont aussi les plus sensibles, les plus ouverts à l'Autre, ceux qui cherchent dans l'échange une source d'enrichissement plutôt qu'un chemin vers la notoriété. Et parfois, les deux viennent, le plus naturellement du monde... Et là, c'est juste beau: bravo à celui qui s'impose sans même le revendiquer...

Enchantée, car si nous le voulons, il y a une solution -assez simple d'ailleurs. Mais... au lendemain de la fin du symposium, je me suis brusquement arrêtée sur une citation de Nietsche, alors que feuilletais simplement "Le crépuscule des idoles":

Une fois pour toutes, il y a beaucoup de choses que je ne veux point savoir. - La sagesse trace des limites, même à la connaissance.

A méditer...

A vous!

Bien amicalement,

Ariane

Le deuxième symposium du Dialogue des Savoirs s'est terminé... dans l'enthousiasme interdisciplinaire, interculturel, intergénérationnel

Publié le lundi 15 septembre 2008

Ce samedi 13 septembre à midi, les mains des participants au deuxième symposium international organisé par la Fondation World Knowledge Dialogue se serraient. Ce n’était qu’un aurevoir, surtout pas un adieu: ils se sont donné rendez-vous dans deux ans. Depuis mercredi, le Centre Le Régent de Crans-Montana accueillait 300 représentants de toutes les disciplines du savoir, issus de tous les coins de la planète: la moitié d’entre eux venait de Suisse, l’autre moitié du reste du monde (Europe, Etats-Unis, Canada, Japon, Singapour, Inde, etc.). Qu’ils soient porteurs des non moins célèbres titres de Prix Nobel, Pulitzer ou Balzan, jeunes étudiants, leaders d’opinion au sein d’institutions privées ou publiques, ou encore porte-parole d’aucune autre expérience que celle de leur propre vie, ils étaient sur les hauts-plateaux pour apporter leur pierre à l’édifice de la connaissance humaine.

Rassembler ce qui est épars. Mais que venaient-ils donc faire à Crans-Montana? Partager leur savoir et leurs expériences sous le patronage du Prof. Edward Wilson –brillant entomologiste américain dont les travaux lui ont valu plusieurs distinctions honorifiques. Mais aussi et surtout comprendre les règles du jeu de ce partage afin d’en découvrir les limites –historiques, cognitives, épistémologiques, psychologiques, institutionnelles, etc.– pour les repousser plus loin. En plus d’une réflexion de fond sur les liens entre l’acquisition d’un Savoir, son partage par le Dialogue, ainsi que la Responsabilité qu’implique son utilisation, c’est sur base de deux thématiques d'importance majeure pour notre société de début de 21ème siècle et pour son avenir que s’est effectué le travail: ''- Comment qualifier l'intelligence collective résultant de la "mise en réseau" des connaissances individuelles? Quels nouveaux rapports crée-t-elle avec l’individu? - Sommes-nous naturellement des êtres coopératifs? Y a-t-il une base biologique de la coopération et quelles sont les incidences sociales de nos comportements?'' Les conférenciers avaient pour directive, outre d’exposer leur état de l'art de la question, de commenter les lacunes de leur propre savoir et d’identifier les champs de compétence qui pourraient permettre de les combler. Le symposium était organisé en sorte que les participants ne soient pas de simples spectateurs des prestations des prestigieux orateurs, mais qu'ils se sentent véritablement impliqués dans le processus de dialogue. C’est pourquoi une répartition équivalente du temps dévolu au symposium a été attribuée aux conférences plénières et aux ateliers participatifs, joliment dénommés laboratoires du dialogue.

Vers un humanisme… moderne! Le modèle expérimental –si efficace hier– montre aujourd’hui ses limites. En outre, le phénomène d’hyperspécialisation de la recherche a pour corollaire un cloisonnement des disciplines, frein majeur à la "fertilisation croisée" des expertises. Ce processus risque bien de menacer, plus vite qu’on ne le pense, la dimension humaine –humaniste?– du Savoir. La métaphore thérapeutique, si chère au Prof. Francis Waldvogel, Directeur du Comité exécutif, servira notre propos: si en 2006, lors du premier événement, s’est posé le diagnostic de la fragile santé du dialogue interdisciplinaire, on pourrait dire aujourd’hui que les recherches sur les premiers "médicaments" ont débuté dans le cadre de ce symposium, et qu’il reste bien du travail avant d’en arriver aux "essais cliniques"… Néanmoins, on peut déjà entrevoir que des solutions à cette carence communicationnelle, à ce fossé interdisciplinaire pourraient venir d’une plus grande humilité et générosité du "possesseur de savoir" envers sa science. Par ailleurs, il semble aujourd’hui clair que la réflexion qui doit s’engager devra prendre en compte des dimensions aussi variées que la proximité des contenus à intégrer, la définition d’une valeur communément acceptée et respectée par tous comme base au dialogue (la solidarité entre les protagonistes d’un terrain conflictuel par exemple), ainsi que la nature du véhicule choisi pour la mise en commun des savoirs de chacun. Une analyse plus approfondie des résultats de cette deuxième expérience fera l’objet d’une publication, comme ce fut le cas pour le premier symposium.

Une telle aventure perdrait toute raison d’être sans une participation massive de la jeunesse. C’est pourquoi le programme d’attribution de bourses aux scientifiques de moins de 42 ans, initié lors du premier symposium de 2006, a été élargi. Et pour la première fois, 20 étudiants de niveau Master ou Doctorat –la moitié venant de Suisse, les autres de Belgique, de France, d’Angleterre, de Singapour– ont été sélectionnés en fonction de leur intérêt pour la transdisciplinarité, mais aussi en sorte que le groupe soit équilibré tant en genre qu’en représentation disciplinaire. Enfin, les journalistes se sont mis autour de la table avec des scientifiques et des représentants politiques, afin d’apporter un éclairage complémentaire à la réflexion sur les liens entre Savoir et Responsabilité: celui de la responsabilité des médias en matière de diffusion du savoir.

Les portes du Régent se sont ouvertes à tous, en particulier au public local, à l’occasion de cinq conférences: trois en anglais proposées par Edward Wilson et les deux Prix Nobel John Sulston et Christiane Nüsslein-Volhard, ainsi que deux en français, par Joël de Rosnay et Hubert Reeves.

A vos agendas: le prochain symposium aura lieu en automne 2010!

Toutes les conférences plénières sont disponibles depuis le site www.wkdialogue.ch, sous forme de retransmissions vidéo et de résumés.

Annexes: Rappel général de la démarche - Plaquette du symposium 2008 - Programme en ligne - Programme des conférences publiques - Inscription à la newsletter

En un mot, le monde de la connaissance est fragmenté!

Publié le vendredi 5 septembre 2008

A J-5 de la deuxième édition du symposium international "World Knowledge Dialogue" (WKD), la rubrique "Eclairages" du quotidien suisse romand Le Temps laisse place aux mots du Directeur du Comité exécutif de la Fondation WKD sur le besoin impérieux d'un décloisonnement des disciplines.

ECLAIRAGES Les scientifiques devraient se parler! Francis Waldvogel, directeur de la Fondation World Knowledge Dialogue, explique, à la veille de ses assises à Crans-Montana, l'urgence qu'il y a pour les sciences de sortir de la spécialisation qui a fait leur succès mais qui, désormais, limite leur apport global à la société

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Le Centre Le Régent de Crans-Montana (Suisse - canton du Valais) accueillera dès le mercredi 10 septembre prochain les 300 participants au symposium.

5 conférences seront ouvertes au public.

Ariane