Quand en dialogue, on ne se risque pas toujours à entrer...
mardi 16 septembre 2008 Par Ariane Vlérick, dans Le fil d'Ariane -# 33 - Fil RSS
Fallait-il un symposium international de 4 jours -le World Knowledge Dialogue Symposium- réunissant les plus grandes pointures de notre planète bleue, pour en arriver aux quelques brèves conclusions -qui n'engagent que moi, je le précise- que je résumerai brièvement plus bas? Sans doute pas. Je suis partie avec un sentiment dans mes bagages, je suis revenue avec. Néanmoins largement enrichie des échanges de haut niveau auxquels j'ai pu assister aux quelques instants de liberté que me laissaient les tâches de communication et de réseautage qui m'incombaient.
(de gauche à droite: Stephan, Ariane et Pascal - photo réalisée par Françoise Michaud)
Dans le billet précédent, je notais que des pistes de progression pourraient venir d'une plus grande humilité et générosité du "possesseur de savoir" envers sa science. Mais n'est-ce pas précisément là que le bât blesse? La compétition liée à l'hyperspécialisation des disciplines et, par conséquent, à la fragmentation du savoir, n'encourage-t-elle pas -que dis-je?: ne contraint-elle pas?- les apprenants et découvreurs à faire preuve d'un égoïsme absolu afin d'être le premier à révéler une parcelle de son savoir? Bref, afin de placarder son nom sur ce morceau de connaissance qui n'est pourtant qu'un fragment d'un édifice qui -plus que n'importe quel autre- devrait appartenir à tout le monde?
Il m'a semblé clair que le dialogue cessait net dès lors que la discussion risquait de porter atteinte, de quelque manière que ce soit, soit à la personne elle-même, soit à ses croyances intimes -culturelles, religieuses, idéologiques, etc. Confiante dans les capacités intellectuelles de l'Homme, je doute fort que nous ayions déjà atteint nos limites d'apprentissage. Aussi, s'il paraît évident que des efforts doivent être entrepris, notamment dans la structure des études, afin qu'un diplômé des sciences exactes soit capable de comprendre celui qui vient des sciences humaines, et vice-versa, je suis cependant convaincue que le cerveau humain est capable de dépasser cette difficulté, et de retrouver une certaine forme de savoir et d'analyse encyclopédiques, fût-ce en recourant à des outils modernes de compilation des connaissances (cf les discussions sur le web sémantique).
Je reste plus dubitative dès lors qu'il s'agit de psychologie: accepter que l'autre ait raison et/ou puisse apporter un éclairage à sa propre réflexion, sans pour autant se laisser envahir par le sentiment de perdre en crédibilité, voilà bien une qualité parfois difficile à cultiver par des personnalités qui ont été formées à être les meilleures, envers et contre tout, et surtout individuellement.
Pourtant, le dialogue a eu lieu. Toutes et tous étaient là pour ça, tant bien que mal. De Crans-Montana, je reviens enchantée d'avoir pu "confirmer" mon postulat de base selon lequel les plus aptes au dialogue sont aussi les plus sensibles, les plus ouverts à l'Autre, ceux qui cherchent dans l'échange une source d'enrichissement plutôt qu'un chemin vers la notoriété. Et parfois, les deux viennent, le plus naturellement du monde... Et là, c'est juste beau: bravo à celui qui s'impose sans même le revendiquer...
Enchantée, car si nous le voulons, il y a une solution -assez simple d'ailleurs. Mais... au lendemain de la fin du symposium, je me suis brusquement arrêtée sur une citation de Nietsche, alors que feuilletais simplement "Le crépuscule des idoles":
Une fois pour toutes, il y a beaucoup de choses que je ne veux point savoir. - La sagesse trace des limites, même à la connaissance.
A méditer...
A vous!
Bien amicalement,
Ariane
Commentaires
#1 - Le vendredi 19 septembre 2008 à 13:32, par Ariane Vlérick
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